Rando pays Dogon
Le prochain village s’appelle Irelli. On grimpe dans les hauteurs au pied de la falaise et Idrissa m’explique absolument tout. Il s’y connaît superbement bien. C’est passionnant de l’écouter car ici tout, absolument tout, a sa signification. Presque rien n’est fait ou disposé au hasard, tout est rapporté au sacré, aux esprits, aux ancêtres. Presque totalement isolés du monde jusqu’il y a quelques décennies à peine, les Dogons ont conservé la plupart de leurs coutumes. Leur cosmogonie est l’une des plus riches et des plus élaborées d’Afrique noire. Ici, chaque objet, chaque recoin de terrain, chaque maison, chaque être vivant, homme ou animal, a un sens particulier et fait partie d’une chaîne immuable du Grand Tout. Leurs croyances sont d’une complexité et d’une précision incroyables. Les règles et interdits sont nombreux, d’où, aussi, l’intérêt de partir avec quelqu’un de la région car le moindre faux pas serait, pour le visiteur, commettre un grave impair envers les lieux sacrés entre autres.
A Irelli, on se retrouve face à la « toguna », la case à palabres, un lieu propre à chaque village où se retrouvent quotidiennement les hommes et tout spécialement les sages. C’est le lieu de transmission de la tradition, l’endroit des débats et le « parlement local ». Deux sages y discutent paisiblement. Je leur tends une poignée de noix de cola qu’on m’avait recommandé d’acheter en quantités à Mopti, pour offrir aux vénérables, en arrivant dans les villages dogons. Aaah, ces fameuses noix de cola africaines ! C’est un peu la feuille de coca locale, avec des propriétés énergétiques étonnantes. La noix de cola est quelque chose de très précieux, qui s’offre en dote en cas de mariage, ou aux sages, comme marque de respect. Elles ressemblent à des marrons de couleur rose. Les Vieux nous invitent à nous asseoir avec eux. C’est un honneur que de se retrouver dans la case à palabres du village. Les femmes en sont catégoriquement exclues. Et nous voilà sous ce lourd toit de paille, posé sur l’ultime gros rocher du village avec une hauteur à peine suffisante pour s’asseoir convenablement. On domine toute la vallée. Idrissa, qui parle un peu leur dialecte, nous permet de discuter tous ensemble. Le vieux est tellement beau. Il est d’une force et d’une douceur à la fois…Vraiment impressionnant. Ses deux arrières petits fils nous rejoignent et se blottissent contre lui. Il a 79 ans.
Ca fait presque deux jours qu’on trotte. Le temps s’envole sans que l’on s’en rende vraiment compte. Ce trek à travers le pays dogon est probablement l’un des plus beaux et des plus intéressants que j’aie jamais fait. Les paysages sont à couper le souffle, les Dogons sont d’un accueil et d’une douceur de tous les instants, c’est toute la magie africaine telle que l’on se l’imagine dans les rêves qui prend forme là, tout autour de nous.
Publiez vos carnets : Comme Pascal vous pouvez publier vos photos de voyages sur ce blog alors n’hésitez plus, utilisez le formulaire de contact pour me faire part de votre voyage.
