Ma première impression est d'être saisi par le froid. En même temps je viens de me réveiller, c'est peut-être normal, d'autant que l'impression est probablement accentuée par la vision des nombreux icebergs qui parsèment l'océan. Il fait grand beau, l'océan est calme, le professor Multanovskiy est toujours escorté par des damiers du cap mais aussi, et c'est nouveau, des sternes antarctiques. J'aperçois devant le bateau les contreforts d'une chaîne de montagne qui délimite le début du canal Lemaire. Le pont est recouvert d'une mince couche de givre le rendant très glissant, et alors que je marche précautionneusement mon regard est attiré par une gerbe d'eau verticale à une centaine de mètres du bateau. Il s'agit d'une baleine ou plutôt d'environ 8 baleines réparties tout autour du bateau comme pour nous souhaiter la bienvenue en Antarctique. L'une d'elles nous gratifie même de battements de ses énormes nageoires qu'on pourrait assimiler à des bras nous saluant, c'est grandiose ! Je suis comme hypnotisé par le spectacle saisissant dont je suis l'un des rares spectateurs en raison de l'heure très matinale. Je ne ressens plus le froid. Je réalise petit à petit que cet Antarctique dont j'ai rêvé depuis tant d'années se découvre sous mes yeux ébahis, accompagné par un soleil radieux et guidé par les plus beaux ambassadeurs qui soient, les baleines.![[découverte antarctique]](images/decouverte-antarctique_small.jpg)
Alabatros et Pétrel géants nous escortent toujours de leurs vols majestueux, sans pratiquement battre des ailes
![[autoroute à manchots]](images/autoroute-manchots_small.jpg)
J'aperçois sur les rives enneigées de longs sillons creusés. Intrigué, j'interroge Steven, le naturaliste de l'équipe d'expédition, qui me répond qu'il s'agit d'autoroutes à manchots. En effet, jour après jour ces derniers empruntent le même chemin, de leur lieu de nidification à l'océan qui représente leur garde-manger créant ces traces caractéristiques avec de nombreuses intersections et un code de la route bien à eux ! Fatalement dans un tel environnement, des manchots papous ont rapidement été repérés, d'abord dans l'eau, faisant des bonds pour respirer, puis sur des icebergs.